mercredi 25 septembre 2013

Jojo la magie


Jojo voulait devenir magicien. Il était équipé pour ça. Ses jeux de cartes étaient pleins d'as… ses boîtes d'allumettes avaient toutes un double fond…
Son mouchoir changeait de couleur, selon qu'il le sortait de sa poche droite ou gauche.
Sans arrêt, il demandait à son entourage de lui prêterquelque accessoire. « Tu n'as plus besoin de ton journal ? » ou une attention soutenue. « Prends une carte, n'importe laquelle ! »
À la maison, son talent n'était pas reconnu et ses expériences pas toujours applaudies.
Il aurait surtout aimé réussir le coup de la disparition.
Mais son public était décidément mauvais joueur.
« On voit tes yeux ! » « Tu serais pas sous ton lit ? »
Jojo la magie - illustration 1
Lassé de travailler pour ces ingrats, il alla dans le jardin public essayer ses tours.
Les cartes qui reviennent tout le temps… la pièce de 5 euros qui disparaît… la guillotine à cigarettes… eurent un grand succès.
De redoutables bandits passaient par là.
Espérant une partie de cartes interdite (ou une occasion de fouiller les poches des badauds) ils admirèrent Jojo.
« Ce gamin est diabolique. Il nous le faut ! Il nous apprendra à tricher aux cartes… il piquera les portefeuilles à notre place… et les clefs de toutes les banques… »
Jojo la magie - illustration 2
Ils enlevèrent Jojo qui ne s'inquiéta pas : « sans doute des admirateurs qui en redemandent… »
Mais quand, dans la cave où ils s'enfermèrent, ils lui demandèrent : « Maintenant tu vas nous dire tes trucs ! » Jojo refusa. Un magicien ne dévoile jamais ses tours !
Ils lui confisquèrent son matériel et essayèrent d'en percer les secrets. En vain.
Les bandits devinrent alors très méchants… « Ce gamin ne nous sera d'aucune utilité. Ouais. Il faut le faire disparaître. »
Le coup de la disparition !
« Dans la flotte… Dans les bois… ou un précipice ? »
Jojo n'avait plus envie, mais alors plus envie du tout, de DISPARAÎTRE !
« Bon, d'accord. Je vais vous apprendre à faire les nœuds. Ne bougez plus, fermez les yeux… et quand vous saurez défaire ceux-là… vous serez de vrais magiciens ! »
Jojo la magie - illustration 3
Àla maison, on le fêta. Désormais, on fait très attention à ses tours.
Ses parents lui ont même offert un lapin, un vrai.
Un lapin qui fait apparaître des crottes sans qu'on prononce aucune formule magique !
Jojo la magie - illustration 4

Jojo oiseau de nuit

Le soir, Jojo aime voir son ombre s'allonger.
Malheureusement, après le soir vient la nuit, et il faut aller se coucher.
Dormir, quelle perte de temps ! Avec une lampe de poche, Jojo résiste.
Il n'a pas peur des loups qu'il fait avec ses doigts et ses petites voitures deviennent aussi grosses que les vraies.
« VRAOUM ! »
Jojo, il est temps de dormir !
Pourquoi être obligé de rester couché quand les chats, eux, se baladent toute la nuit ?
J'adore leurs yeux phosphorescents quand ils regardent une lumière. J'allume !
Jojo oiseau de nuit - illustration 1
Jojo oiseau de nuit - illustration 2
Oh ! le beau monstre que voilà !
Quand je serai grand, je laisserai allumé toute la nuit, comme cette petite fenêtre, là-haut. Que fait donc la personne qui habite là ?
Je vais aller voir !
C'est bon, ils ronflent !
Ah, oui, c'est Madame Roumanille, notre voisine de la rue Mistral, la petite grand-mère au parapluie.
Tiens, justement, elle le sort pour le sécher.
Elle a raison, ça porte malheur d'ouvrir un parapluie dans une maison…
Elle est forte, en ombre, la petite dame !
Jojo oiseau de nuit - illustration 3
Il manque juste…
« Pas mal ! »
À ce moment, trois redoutables bandits achevaientd'escalader l'échelle de secours d'un immeuble proche.
Leur but était clair : trouer le toit de la banque voisine…
se cacher dans les bureaux…
pour prendre, au matin, le directeur en otage…
et le forcer à ouvrir tous les coffres !
Jojo oiseau de nuit - illustration 4
Mais le plus gros des trois allait trop au cinéma. Aussi fut-il spécialement touché par le spectacle qu'organisait Jojo.
« BATMAN ! »
Dans leur malheur, les trois bandits eurent de la chance…
BADING !
BLONG !
PLONG !
… et Batman, qui n'est pas homme à abandonner ses ennemis sur le pavé…
regagna son domicile pour appeler les secours.
« Il y a eu un de ces bruits, cette nuit ! »
« Sans doute un accident. Et toi, Jojo, tu as bien dormi ? »
« Oui. J'ai rêvé que j'étais un surhomme. »
« Ah, oui. Un surhomme qui arrête les bandits et sauve la planète ? »
« C'est ça. Et qui protège les enfants… et les grands-mères à parapluie ! »

Le marchand de sable


Benjamin se tournait et se retournait dans son lit, sans pouvoir trouver le sommeil.
À minuit passé, il avait encore les yeux grands ouverts. « Si seulement je pouvais dormir, si seulement le marchand de sable existait. »
Il avait à peine prononcé ces mots que Benjamin vit surgir devant lui un très grand homme, vêtu magnifiquement. Il portait des bottes de cuir qui lui montaient jusqu'aux cuisses, un pantalon d'un superbe velours bleu qui brillait doucement dans la nuit, une chemise d'un blanc éclatant finement brodée et un chapeau aux larges bords qui laissait flotter des rubans multicolores.
« Alors comme ça, tu ne crois pas au marchand de sable, Benjamin, et pourtant me voici. » En effet, il portait un grand sac de soie rouge avec, à l'intérieur, du sable qui ressemblait à de la poudre d'or. « Si tu veux me suivre, mets cette poignée de sable dans ta poche. »
Benjamin, très intrigué, fit ce que l'homme lui demandait et se mit tout à coup à voler dans les airs. Ils passèrent alors par la fenêtre et Benjamin fit le plus beau voyage de toute son existence.
Ils survolèrent tous les continents et Benjamin vit des choses merveilleuses : il vit les bêtes sauvages d'Afrique s'abreuver la nuit tombée au bord des grands lacs.
Il vit dans le désert un petit Bédouin écouter les histoires fantastiques que lui racontait sa mère à l'ombre de la grande tente familiale.
Parvenu jusqu'au ciel, il fit du toboggan sur l'arc-en-ciel, il joua à cache-cache derrière les planètes, il jongla avec les étoiles et fit un tour de manège sur les rayons du soleil.
Il finit par être épuisé et c'est à peine s'il se rendit compte que le marchand de sable le prenait par la main en lui disant : « Viens, je vais te ramener dans ta chambre. »
Le lendemain matin, Benjamin s'étira : « Comme j'ai bien dormi, et quel beau rêve j'ai fait. Dommage que ce ne soit pas la réalité. »
C'est alors qu'en glissant la main dans sa poche, Benjamin en retira une poignée de sable qui scintillait comme de la poudre d'or.
Le marchand de sable - illustration 1

The new schoolboy !


"Mr Jones says he saw another UFO yesterday, said my father during breakfast. Ridiculous old idiot! No doubt he'll be seeing little green men soon… Aren't you late for school, Jim?"
As Jimmy was walking to school, he suddenly felt someone tapping him on the shoulder. Turning round, he saw a little green man.
— Hello, said Jimmy.
— Hello, said the little green man. Come to the space ship and meet my friends.
In the space ship, Jimmy was treated like an important guest. The little green men gave him a glass of something blue to drink, and some little pink pills to eat, which tasted delicious. They admired his school uniform and asked him a lot of questions.
Le nouvel élève
« Monsieur Jones dit qu'il a encore vu un OVNI hier , déclara mon père pendant le petit déjeuner. Le vieil idiot ! Bientôt, il verra sans doute des petits bonshommes verts… N'es-tu pas en retard pour l'école, Jim ? »
Alors que Jimmy était en route vers l'école, il sentit tout à coup quelqu'un lui taper sur l'épaule. En se retournant, il aperçut un petit homme vert.
— Salut, dit Jimmy.
— Salut, dit le petit homme. Viens dans notre vaisseau ; je vais te présenter mes amis.
Dans le vaisseau spatial, Jimmy fut traité comme un invité de marque. Les petits hommes verts lui offrirent un verre rempli d'une boisson bleue et des pilules roses, qui lui semblèrent délicieuses. Ils admirèrent son uniforme d'école et lui posèrent de nombreuses questions.
"What's your name?
— Jimmy.
— What's this?
— It's my schoolbag.
— What's that?
— It's my pen.
— What's it for?
— For writing.
— Can I try your uniform on?
— Of course!
— Can I hold your schoolbag?
— O.K.
— Bye!
— Hey! come back!", shouted Jimmy, as the little green man left the space ship. The door closed behind him, locking Jimmy inside, and as the ship took off, he could just make out the small uniformed figure walking in the direction of his school.
« Comment t'appelles-tu ?
— Jimmy.
— Qu'est-ce que c'est ?
— C'est mon cartable.
— Et ça ?
— C'est mon stylo.
— À quoi ça sert ?
— À écrire.
— Puis-je essayer ton uniforme ?
— Bien sûr.
— Puis-je porter ton cartable ?
— O.K. !
— Eh bien, au revoir.
— Hé ! reviens », s'écria Jimmy, tandis que le petit homme vert quittait le vaisseau, la porte se fermant derrière lui ; et pendant que le vaisseau décollait, Jimmy — désormais prisonnier — put juste entr'apercevoir une mince silhouette en uniforme qui marchait en direction de son école.

Roland


Roland - illustration 1
Roland était en retard. « Va au coin », dit le maître, et Roland obéit. Mais, au coin, il n'y avait rien à faire, alors Roland prit son crayon et dessina un tigre allongé sur le mur. Puis il dit : « CRACK » et le tigre devint vivant. Le tigre s'étira, se déroula de tout son long et dit bonjour au maître très poliment. Le maître répondit : « Il n'y a pas de place pour toi ici. » Il ouvrit la porte et, sans un mot de plus, le tigre sortit. « Récréation, tout le monde dehors maintenant », dit le maître. « Sauf toi, Roland. Tu restes ici. Et attention, plus de « CRACK », je te prie ».
Roland resta seul dans la classe. Comme il s'ennuyait, il prit son cahier, dessina un zèbre, arracha la page et la colla à la fenêtre. Dans la cour, les autres garçons faisaient une bataille de boules de neige. Une des boules frappa la vitre, le verre fit « CRACK » en se cassant, et le zèbre devint vivant. D'un bond il fut dans la cour et d'un bond il franchit le mur. Le maître n'avait rien vu car il avait reçu une boule de neige dans l'œil. Heureusement, pas très dure.
Après la récréation, la classe reprit. Dehors, le vent soufflait fort. Par la vitre cassée, la neige entrait à gros flocons et s'entassait sur le plancher. Roland avait oublié ce que le maître lui avait dit. Il dessina donc vingt sapins, trois ours noirs, deux ours bruns et un ruisseau et dit : « CRACK ! CRACK ! CRACK ! CRACK ! ». Le ruisseau se mit à couler et les ours à marcher sur la neige du plancher ! Alors le maître dit aux enfants de rentrer chez eux car il faisait vraiment trop froid.

Jojo et la couleur des odeurs

Jojo et la couleur des odeurs - illustration 1Ce matin-là, Jojo dormait.
Enfin, presque.
Il entendait le flic-flac des roues des voitures…
Il comprit que, ce jour-là, il pleuvait sur la ville.
Aux bruits du matin, il sut qu'il était en retard.
Mais à l'odeur du pain grillé, il apprit que le petit-déjeuner était prêt et se réveilla pour de bon.
Sur le chemin de l'école, Jojo était pensif.
Les odeurs et les bruits ont une couleur.
Même si je ferme les yeux, je sais où je suis.
Devant la boucherie, ça sent le poulet rôti.
Devant la boulangerie, il y a cette bonne odeur de pain chaud.
Je dois donc être au coin de la rue des Lilas. Je tourne à droite, l'école est au bout.
Jojo et la couleur des odeurs - illustration 2
Ah ! Voici les grilles de l'école !
Qui a pu se parfumer ainsi ? Lætitia ? Élodie ?
Par contre, Albert ne s'est pas lavé !
Ça va, les gars ? Je m'amuse à deviner où je suis sans regarder !
Toi, tu es Thomas, je te reconnais à ta coupe de cheveux !
« Eh ! »
Ce n'est pas drôle ! Rendez-moi mon cartable ! Je vais le dire à la maîtresse !
À vue de nez, là, c'est les cabinets…
Deux portes plus loin, c'est la salle des maîtres.
« Maîtresse ! Ils m'ont piqué mon cartable ! »
Je me suis trompé… C'est le bureau du directeur. La maîtresse doit être déjà en classe, à cette heure.
Ah zut ! Ça, c'est Élodie qui a laissé traîner sa corde à sauter…
Tiens… qu'est-ce qu'elle a mis au bout de sa corde ?
Sacrée Elodie ! Un pistolet à eau !
Jojo et la couleur des odeurs - illustration 3
Vite, allons en classe, je dois être en retard.
« Excusez-moi, Maîtresse, je suis un peu en retard parce que… »
Pas de réponse ? Tant pis. J'ouvre les yeux !
Un retard de plusieurs milliers d'années ! J'ai dû me tromper quelque part !
C'est vrai que le temps qui passe, ça ne fait pas de bruit, ça n'a pas d'odeur !
« Pssst ! »
« Vous pouvez m'aider à traverser ? »
« Volontiers, Monsieur. »

Baba-Yaga


Dans un village de la campagne russe vivait une petite fille qui n'avait plus de maman. Son père se remaria, mais il choisit une méchante femme. Elle détestait la petite fille et la traitait mal. « Comment faire pour me débarrasser de cette enfant ? » songeait la marâtre. Un jour que son mari s'était rendu au marché vendre du blé, elle dit à la petite fille : « Va chez ma sœur, ta gentille tante, et demande-lui une aiguille et du fil pour te coudre une chemise. »
La petite fille mit son joli fichu rouge et partit. En route, elle se dit, comme elle était maligne : « J'irai d'abord demander conseil à ma vraie gentille tante, la sœur de ma vraie maman. » Sa tante la reçut avec bonté.
« Tante, dit la petite fille, la nouvelle femme de papa m'a envoyée chez sa sœur lui demander une aiguille et du fil pour me coudre une chemise. Mais d'abord, je suis venue te demander, à toi, un bon conseil.
– Tu as eu raison. La sœur de ta marâtre n'est autre que Baba-Yaga, la cruelle ogresse ! Mais écoute-moi : il y a dans son jardin un bouleau qui voudra te fouetter les yeux avec ses branches, noue un ruban autour de son tronc. Tu verras une grosse barrière qui grince et qui voudra se refermer toute seule, mets de l'huile sur ses gonds. Des chiens voudront te dévorer, jette-leur du pain. Enfin, tu verras un chat qui te crèverait les yeux, donne-lui un bout de jambon.
– Merci bien, ma tante » répondit la petite fille.
Elle marcha longtemps, puis arriva enfin à la maison de Baba-Yaga. Baba-Yaga était en train de tisser. « Bonjour ma tante.
– Bonjour, ma nièce.
– Ma mère m'envoie te demander une aiguille et du fil pour qu'elle me couse une chemise.
– Bon, je m'en vais te chercher une aiguille bien droite et du fil bien blanc. En attendant, assieds-toi à ma place et tisse. »
La petite fille se mit au métier. Elle était bien contente.
Baba-Yaga - illustration 1
Soudain, elle entendit Baba-Yaga dire à sa servante dans la cour : « Chauffe le bain et lave ma nièce soigneusement. Je veux la manger au dîner. »
La petite fille trembla de peur. Elle vit la servante entrer et apporter des bûches, des fagots et des seaux pleins d'eau. Alors elle s'efforça de prendre une voix aimable et gaie, et elle dit à la servante : « Hé, ma bonne, fends moins de bois, et pour apporter l'eau, sers-toi plutôt d'une passoire ! » Et elle lui donna son joli fichu rouge.
La petite fille regarda tout autour d'elle. Un feu vif et clair commençait à flamber dans la cheminée, l'eau se mettait à chanter dans le chaudron, et bien que ce fût une eau d'ogresse, elle chantait une jolie chanson.
Mais Baba-Yaga s'impatientait. De la cour, elle demanda : « Tu tisses, ma nièce ? Tu tisses, ma chérie ?
– Je tisse, ma tante, je tisse. »
Sans faire de bruit, la petite fille se leva, alla à la porte… Mais le chat était là, maigre, noir, effrayant ! De ses yeux verts il regarda les yeux bleus de la petite fille. Et déjà il sortait ses griffes pour les lui crever. Mais elle lui donna un morceau de jambon et lui demanda doucement : « Dis-moi, je t'en prie, comment je peux échapper à Baba-Yaga ? »
Le chat mangea d'abord tout le morceau de jambon, puis il lissa ses moustaches et répondit : « Prends ce peigne et cette serviette, et sauve-toi. Baba-Yaga va te poursuivre. Colle l'oreille contre la terre, si tu l'entends approcher, jette la serviette, et tu verras ! Si elle te poursuit toujours, colle encore l'oreille contre la terre, et quand tu l'entendras sur la route, jette le peigne, et tu verras ! »
La petite fille remercia le chat, prit la serviette et le peigne, et s'enfuit.
Mais à peine sortie de la maison, elle vit deux chiens encore plus maigres que le chat, tout prêts à la dévorer. Elle leur jeta du pain tendre, et ils ne lui firent aucun mal.
Ensuite, c'est la grosse barrière qui grinça et qui voulut se refermer pour l'empêcher de sortir de l'enclos. Mais comme sa tante le lui avait dit, elle lui versa toute une burette d'huile sur les gonds, et la barrière s'ouvrit largement pour la laisser passer. Sur le chemin, le bouleau siffla et s'agita pour lui fouetter les yeux. Mais elle noua un ruban rouge à son tronc, et le bouleau la salua et lui montra le chemin.
Elle courut, elle courut, elle courut. Pendant ce temps, le chat s'était mis à tisser. De la cour, Baba-Yaga demanda encore une fois : « Tu tisses, ma nièce ? Tu tisses, ma chérie ?
– Je tisse, ma vieille tante, je tisse, répondit le chat d'une grosse voix. »
Furieuse, Baba-Yaga se précipita dans la maison. Plus de petite fille ! Elle rossa le chat et cria : « Pourquoi ne lui as-tu pas crevé les yeux, traître ?
– Eh ! dit le chat. Voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m'as jamais donné le plus petit os, tandis qu'elle m'a donné du jambon ! »
Baba-Yaga rossa les chiens. « Eh ! dirent les chiens. Voilà longtemps que nous sommes à ton service, et nous as-tu seulement jeté une vieille croûte ? Tandis qu'elle nous a donné du pain tendre ! »
Baba-Yaga secoua la barrière. « Eh ! dit la barrière. Voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m'as jamais mis une seule goutte d'huile sur les gonds, tandis qu'elle m'en a versé une pleine burette ! »
Baba-Yaga s'en prit au bouleau. « Eh ! dit le bouleau. Voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m'as jamais décoré d'un fil, tandis qu'elle m'a paré d'un beau ruban de soie !
– Et moi, dit la servante, à qui pourtant on ne demandait rien, et moi, depuis le temps que je suis à ton service, je n'ai jamais reçu de toi ne serait-ce qu'une loque, tandis qu'elle m'a fait cadeau d'un joli fichu rouge ! »
Baba-Yaga siffla son mortier, qui arriva ventre à terre, et elle sauta dedans. Jouant du pilon et effaçant ses traces avec son balai, elle s'élança à la poursuite de la petite fille, à travers la campagne.
La petite fille colla son oreille contre la terre : elle entendit que Baba-Yaga approchait. Alors elle jeta la serviette qui se transforma en une large rivière ! Baba-Yaga fut bien obligée de s'arrêter.
Elle grinça des dents, roula des yeux jaunes, courut à sa maison, fit sortir ses trois bœufs de l'étable et les amena près de la rivière. Et les bœufs burent toute l'eau jusqu'à la dernière goutte. Alors Baba-Yaga reprit sa poursuite.
Baba-Yaga - illustration 2
La petite fille était loin. Elle colla l'oreille contre la terre. Elle entendit le pilon sur la route. Elle jeta le peigne qui se changea en une forêt touffue ! Baba-Yaga essaya d'y entrer, de scier les arbres avec ses dents. Impossible ! La petite fille écouta : plus rien. Elle n'entendit que le vent qui soufflait entre les sapins verts et noirs de la forêt. 
Pourtant elle continua de courir très vite parce qu'il commençait à faire nuit, et elle pensait : « Mon papa doit me croire perdue. »
Le vieux paysan, de retour du marché, avait demandé à sa femme : « Où est la petite ?
– Qui le sait ! avait répondu la marâtre. Voilà des heures que je l'ai envoyée faire une commission chez sa tante. » Enfin, la petite fille, les joues toutes rouges d'avoir couru, arriva chez son père. Il lui demanda :
« D'où viens-tu, ma petite ?
– Ah ! dit-elle. Petit père, ma mère m'a envoyée chez ma tante chercher une aiguille et du fil pour me coudre une chemise, mais ma tante, figure-toi que c'est Baba-Yaga, la cruelle ogresse ! »
Et elle raconta toute son histoire. Le vieil homme était très en colère. Il roua de coups la marâtre et la chassa de sa maison en lui ordonnant de ne plus jamais revenir.
Depuis ce temps, la petite fille et son père vivent en paix. Je suis passée dans leur village, ils m'ont invitée à leur table, le repas était très bon et tout le monde était content.
Baba-Yaga - illustration 3